What there is to know…

NewArt Logo Officiel 300x66 - What there is to know...

Le Now Art© est un art générique : il a rompu les liens avec les traditions spécifiques des « beaux-arts ». Il n’est pas pour autant étranger à l’histoire de l’art. L’interdisciplinarité propres aux néo-avant-gardes des années 1950-60, va de la recherche d’une unité, d’une synthèse à une approche relationnelle entre les savoirs. Avec John Cage se confirme une approche de ces pratiques interdisciplinaires, en vue de maintenir l’autonomie, simultanément à l’émulation entre les arts. L’histoire du modernisme devient ainsi l’histoire d’une purification générique, qui consiste à éliminer toutes les conventions non spécifique, propre à éviter toute influence d’un art voisin. Cette caractérisation spécifique des disciplines chère au critique d’art, conforte l’institution des différents fractionnements des sphères artistiques de l’histoire de l’art : les Beaux Arts.  Au long du vingtième siècle, la fin des formes d’expression traditionnelles a favorisé le pouvoir créatif ; un vaste mouvement de décloisonnement entre les arts a été entrepris. Les limites des différents domaines artistiques ont été redéfinis par un renouvellement des pratiques et des codes. Des échanges se sont développés entre les modes d’expression (interdisciplinaires, multidisciplinaires, pluridisciplinaires ou transdisciplinaires). Un mouvement plus général, que Rosalind Krauss a désigné par le terme de deskilling (déqualification), propre à la « post-disciplinarité » ou à « l’interdisciplinarité », et qui renvoie au vocabulaire de l’avant-garde artistique des années 1960 et avant cela à Picasso ou à Duchamp qui ont rejeté les compétences traditionnellement associées à l’art académique.

Intermédia

Le fait qui consiste à puiser les idées de départ auprès de sources multiples a été, par ailleurs, une caractéristique des « avant-gardes ». Ainsi, au niveau de l’expressionnisme, les genres vont s’interpénétrer ; une atmosphère de collaboration s’installe entre les créateurs. Les peintres vont chercher l‘inspiration via la philosophie (particulièrement dans l’œuvre de Nietzsche) et la poésie. Le théâtre et le cinéma seront quant à eux, sensibilisés par la peinture et à la littérature. Des événements témoignent, dès 1950, de l’expansion du champ artistique, ainsi que de la prolifération de démarches, telles les happenings, les actions, la dématérialisation, la vidéo et la photographie. Les idées, concepts et attitudes sont assimilés à l’art ; le langage ou le corps de l’artiste deviennent le support de l’œuvre, de même que les pratiques « in situ », « in process » ou « in progress ». L’intégration du paramètre temporel contrevient aux théories du modernisme qui édictent une stricte séparation entre les arts du temps et les arts de l’espace…

C’est dans le contexte américain où prévaut l’impératif d’une réduction moderniste que Donald Judd propose en 1965 les « combine-paintings » ; objets spécifiques ambigus quant à leur classement dans une catégorie spécifique, mais exemples d’une création d’ « entre les arts », qui ne serait ni peinture, ni sculpture. L’interdisciplinarité tend à se généraliser par le truchement d’une multiplication de réalisations pluri-thématiques qui échappent aux catégories admises, ou transgressent leurs limites. L’art s’épanouit entre, à travers et par-delà les modes traditionnels et par l’utilisation de médiums nouveaux, ou négligés jusque là. Tout peut être art ! Slalomer entre les disciplines devient une aventure où les incidents frontaliers peuvent s’avérer féconds, et donner vie à de nouveaux genres désignés par des patronymes spécifiques à chacun. La performance est ainsi une œuvre hybride qui requiert d’autres catégories conceptuelles que celles instituées par le système des beaux-arts. L’extension des possibilités d’ordre matériel et technique, la grande diversité des moyens auxquels les artistes recourent depuis le début de la transgression des limites assignées par le cadre étroit des beaux-arts, ont ainsi contribué à ce vaste mouvement de décloisonnement. Le happening – fusion entre théâtre, musique et arts visuels – est aussi un intermedium. Higgins édite un nouveau livre en 1984. Intitulé « Horizons – La Poétique et la théorie de l’intermedia » – il relate l’importance de la notion de « fusion conceptuelle dans l’intermédium », qui permet l’expérimentation de ce qui est de l’ordre de la marge, de la limite ou du seuil lors de l’effritement total des frontières artistiques. Le second aspect d’ « intermedia » est  « l’interpénétration de l’art et de la vie ».

John Milton Cage Jr et le dialogue des arts

1912 – 1992, compositeur, poète, plasticien américain, compositeur de musique contemporaine expérimentale et philosophe. Inspirateur du mouvement « Fluxus » et du groupe ZAJ. Les expérimentations menées par Cage jalonnent la réflexion quant à l’interdisciplinarité en art (de nature musicale, plastique, poétique…). Sa pensée est elle-même dynamisée par la réflexion du philosophe et politologue Henry David Thoreau, qui prône « la mise en place d’une anarchie ludique, une anarchie pratique ou praticable, sans force de police ». Cage musicien va composer selon la méthode à objets multiples ou de multidiffusion, (dite « de superposition ») , transposée du principe qu’il appelle d’ « interdisciplinarité », constitué d’arts divers. Il n’y est pas question d’univers sonore, mais de « multivers » (selon sa terminologie). Il s’agit de combinaisons entre les espaces d’œuvres différentes ou des stratifications d’espaces d’une même œuvre, qui tendent à se multiplier.

Dans la rencontre avec les autres disciplines, chaque art garde son espace : « l’indépendance des différents arts est la condition de leur espace». Une de ses réflexions est inspirée de la philosophie orientale : chaque chose est au centre. Il y a une multiplicité de centres et tous sont en interpénétration, qui plus est « sans obstruction ». Les arts s’interpénètrent d’autant plus richement et avec plus de complexité, qu’on ne cherche pas à établir des relations entre eux et qu’un intervalle les sépare.

L’œuvre de Cage fait surgir des combinaisons imprévues, inédites, comme autant de cheminements dans l’inconnu du domaine interstitiel. Mais l’interdisciplinarité agissant dans ce no man’s land n’est plus seulement un concept théorique, mais aussi et surtout une pratique individuelle, un processus, une attitude d’esprit, faite de curiosité, d’ouverture réciproque, de sens de l’aventure en dehors des sentiers battus. C’est également une pratique collective, ouverte au dialogue dans la réalisation d’œuvres, dans l’enseignement et dans la philosophie « praticable » de cet artiste. Elle se présente à la fois comme une « pratique polémique », pour reprendre l’expression de Guy Berger, et comme le moyen d’une « joyeuse libération », d’où une interrogation fondamentale sur le savoir, en même temps que sur l’homme et sur la société. C’est ce que Cage a appelé aussi le « théâtre », qui n’a plus le sens péjoratif donné par Fried au « non-art » : « Ma musique était déjà du théâtre. Et le théâtre n’est qu’un autre mot pour désigner la vie ».