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Écriture et performance

Je suis artiste plasticien, pas écrivain, ni philosophe. Confronté à la société actuelle ainsi qu’ au microcosme du monde artistique – ou prétendu tel – j’ai cependant décidé d’entreprendre la rédaction d’un ouvrage, qui doit dès lors être considéré en tant que performance numérique, plutôt que comme contenu rédactionnel. Il a été conçu par et pour internet, celui-ci étant utilisé en tant que médium à part entière. J’ai actuellement opté pour le titre suivant : « La Beauté ou l’émotion esthétique – vers un nouvel avènement du romantisme? »

Diverses raisons m’ont motivé à passer à l’action ; je vous en révèle deux maintenant, les autres seront révélées par l’ouvrage dont il est question.

– Je considère, en ce qui me concerne, les arts plastiques et l’écriture irrémédiablement liés : le second précise et parachève le premier si nécessaire.

– L’art est le reflet de son époque ; celle-ci est numérique et/ou digitale.

Au long du vingtième siècle, la fin des formes d’expression traditionnelles a favorisé le pouvoir créatif ; un vaste mouvement de décloisonnement entre les arts a été entrepris. Les limites des différents domaines artistiques ont été redéfinis par un renouvellement des pratiques et des codes. Des échanges se sont développés entre les modes d’expression (interdisciplinaires, multidisciplinaires, pluridisciplinaires ou transdisciplinaires). Un mouvement plus général, que Rosalind Krauss (1941), critique d’art et professeur en histoire de l’art à l’université de Columbia, a désigné par le terme de deskilling (déqualification), propre à la post-disciplinarité ou à l’interdisciplinarité, et qui renvoie au vocabulaire de l’avant-garde artistique des années 1960 et avant cela à Picasso ou à Duchamp qui ont rejeté les compétences traditionnellement associées à l’art académique.

Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes savent parfaitement gérer leur image et la faire fructifier. Leur utilisation promotionnelle d’Internet est exemplaire et soulève des questions applicables à l’ensemble du monde de l’art. Ils parviennent à démocratiser leur art, à le faire connaître dans les cercles extérieurs au monde de l’art. Ce succès provoque autant d’admiration que de rejet. Les musées et institutions tentent de participer au mouvement, mais les détracteurs de ce système l’accusent d’en fait poursuivre des visées exclusivement mercantiles.

les Creative Commons, permettent une utilisation de l’image et des droits d’auteurs rendue plus aisée grâce à une nouvelle forme de licence qui permettent aux auteurs de concéder tout ou partie de ses droits de propriété intellectuelle sur l’œuvre afin d’en faciliter la diffusion, la réutilisation et la modification grâce à Internet. En dix ans, quatre cents millions d’œuvres ont été partagées par leurs auteurs, montrant le dynamisme de cette licence pourvue d’une logique transnationale. Les Creative Commons intéressent également les institutions muséales, qui commencent à prendre conscience du potentiel de cette nouvelle licence propre à démocratiser l’art.

Dans son essai Art & technique, l’historien et critique d’art français Pierre Francastel (1900-1970), a énoncé : « Le domaine de l’art, ce n’est pas l’absolu, c’est le possible. L’art et la technique ne sont pas deux modes d’expression et de pensée figés et antagonistes, mais deux champs susceptibles de se croiser et de se renforcer en vue de générer de la nouveauté dans la main et l’esprit de l’individu. »

A chaque époque, l’artiste a utilisé les innovations technologiques afin de définir son discours, de développer un avis philosophique ou instinctif, relatif au progrès. L’éclosion extrêmement rapide du phénomène numérique et les questionnements qu’elle implique ont suscité l’intérêt des artistes. Ainsi, dès la dernière décennie du siècle passé, l’Américain Douglas Davis, s’intéresse à la vidéo et au nouveau médium que constitue Internet. Il est l’un des pionniers à percevoir les balbutiements communautaires du réseau, à ressentir la potentialité d’Internet en tant que médium participatif. Il crée au Lehmann College – Senior liberal arts college in The City University of New York – l’œuvre collective The world’s first collaborative sentence (1994), soit La première phrase collaborative au monde. Il a dit : « Je ne me sentais pas isolé, je ressentais une proximité avec les autres même si nous étions séparés de milliers de kilomètres », et invite les internautes à la continuer. Plus de deux cent mille personnes ont pris part à cette action.

Si Internet permet de remplacer d’autres médiums, il offre également une tribune tout aussi intéressante aux artistes. En 2005, Ai Weiwei (1957), un des artistes majeurs de la scène chinoise, à la fois sculpteur, performer, photographe, architecte, commissaire d’exposition et blogueur, a ouvert un blog en faveur de la liberté artistique de conscience et de parole. Il s’est servi de l’outil Internet en vue de promouvoir l’art et l’acte artistique, dans un pays qui ne reconnaissait pas sa création.

Mon travail « La Beauté ou l’émotion esthétique – vers un nouvel avènement du romantisme? » est donc bien une performance du domaine des arts plastiques, plutôt qu’un ouvrage littéraire ou philosophique, en dépit des références aux penseurs, auteurs et scientifiques qu’il contient.

Il est destiné à initier la suite logique de mon projet artistique et sera, par conséquent, suivi d’une recherche appliquée à la conception et à la réalisation concrète de travaux inspirés par ce contexte.

L’ensemble de mes sources et de la documentation y afférentes résultent de recherches effectuées sur internet en vue d’améliorer mes connaissances de l’histoire, de la philosophie et de l’art. La première diffusion du dit contenu, sera fragmentée sous la forme d’articles publiés sur mon blog http://www.doppagne.info/.

En ce qui concerne le mode d’édition, je souhaite bien évidemment une publication numérique interactive et une édition papier dont la formule définitive n’est pas arrêtée actuellement.